Discours de Madame Khalida Toumi, Ministre de la Culture , à l'ouverture du mois du patrimoine

18 avril 2009- Palais de la Culture Moufdi Zakaria

  Mesdames et Messieurs les Représentants :

 

- du Commandement en Chef des forces navales,

- du Commandement en Chef de la Gendarmerie nationale,

- de la Direction Générale de la Sûreté nationale,

- de la Direction Générale des Douanes, 

Mesdames et Messieurs les cadres en charge du patrimoine culturel au ministère de la Culture ,

Mesdames, Messieurs,

Honorable assistance,

La journée du 18 avril a été consacrée Journée Internationale des Monuments et des Sites, par l'Unesco, en 2001. Depuis cette date, le 18 avril est devenu une occasion et une opportunité, offertes chaque année, pour découvrir et revisiter le patrimoine culturel en lui portant un regard plus attentif, voire même critique.

Aujourd'hui, 18 avril 2009 , nous inaugurons cette journée, d'abord au titre de la commémoration mondiale, en solidarité avec toutes celles et tous ceux qui œuvrent à la sauvegarde du patrimoine de l'humanité.

Le 18 avril est également la journée inaugurale du mois du patrimoine culturel maghrébin, évènement institué en 1993 par les ministres maghrébins de la Culture , à un moment important de l'Histoire du Maghreb, celle de la réalisation de l'Unité maghrébine (UMA).

Mesdames, Messieurs,

Le ministère de la Culture a convenu cette année de célébrer le mois du patrimoine culturel sous le libellé « patrimoine et sécurisation »

•  d'abord pour saluer les réalisations accomplies par l'Etat dans le domaine de la lutte contre les atteintes, les préjudices et les dommages causés aux biens culturels de la Nation.,

•  ensuite, pour exprimer notre gratitude aux tenants des premières lignes de défense du patrimoine culturel de la Nation.

Je voudrais citer tout particulièrement la Gendarmerie et la Sûreté nationales, le Service national des Gardes côtes et les Douanes algériennes qui représentent les premiers remparts de surveillance et de sécurisation du territoire.

Je rappellerai ici, qu'en 1996, la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) a crée la «  Brigade centrale de lutte contre le trafic illicite des biens culturels et le vol des objets d'art ». Une structure qui était déjà sur le terrain avant même que la loi 98-04 portant protection du patrimoine culturel ne soit initiée.

Il manquait à cette Brigade des arguments légaux et réglementaires pour intervenir plus efficacement dans le cadre d'une stratégie nationale de lutte contre les atteintes au patrimoine culturel. Ces arguments seront introduits avec la promulgation de la loi 98-04 portant protection du patrimoine culturel, en juin 1998.

Il aura fallu attendre encore 8 ans pour disposer véritablement, en 2006, d'un système légal et réglementaire de protection des biens culturels mobiliers dont l'opposabilité ne fait plus aucun doute aux échelles nationale et internationale.

En effet, en 2003, sont promulgués deux décrets portant inventaire et banque de données du patrimoine culturel matériel et immatériel.

En 2006 , deux autres décrets portant inventaire des biens culturels mobiliers relevant des représentations diplomatiques et consulaires algériennes et du ministère de la Défense nationale, sont promulgués.

Toujours en 2006, est promulgué un décret qui fixe les conditions et modalités d'exercice du commerce des biens culturels mobiliers non protégés identifiés ou non identifiés ( commerce des antiquaires).

Mesdames, Messieurs,

Honorable assistance,

Forts de ce système légal et réglementaire de protection des biens culturels mobiliers, nous avons su et pu, ensemble, réaliser un bilan fortement appréciable en matière de lutte contre le trafic illicite.

Nous devons également saluer la création, en juillet 2007, du Bureau central de la protection du patrimoine culturel et historique et des cellules spécialisées dans la lutte contre les atteintes aux biens culturels , par le Commandement de la Gendarmerie nationale.

C'est à travers les cellules de Tipasa, d'Oran, de Bechar, d'Adrar, de Ouargla de Constantine, de Souk Ahras et de Tamanrasset que s'est tissée, au fur et à mesure, la toile d'un véritable réseau de sécurisation du patrimoine culturel.

Le nombre des affaires traitées, et plus particulièrement les mécanismes opérationnels qui ont mis en synergie les différents acteurs, dans le cadre de l'application de la loi 98-04, sont les éléments d'un premier diagnostic de nos méthodes et de nos moyens qu'il s'agira de conforter ou de corriger.

Il importe de souligner qu'il y a, pour la première fois, une visibilité et une lisibilité en matière de trafic illicite et de vol des biens culturels dans notre pays.

Je saisis cette occasion pour remercier tous les médias nationaux pour leur prise de conscience et leur contribution efficace dans la défense du patrimoine culturel.

Je disais qu'il y a une visibilité et une lisibilité, rendues d'abord par les statistiques elles-mêmes sur la nature des atteintes, les objets-cibles, les lieux de vulnérabilité et les points névralgiques du trafic illicites des biens culturels

Une cartographie, qui découpe le pays en régions, est déjà établie:

1- d'abord une région Nord du pays , caractérisée par une densité remarquable de sites préhistoriques, protohistoriques, puniques, romains, vandales, byzantins, chrétiens, musulmans, coloniaux. Dans cette région Nord, les objets-cibles sont les monnaies, les lampes, les bustes et les éléments architectoniques) ;

2 - ensuite, une région Sud (10 fois plus grande que la région Nord) où seule la préhistoire et la protohistoire dominent dans des niveaux archéologiques de plein air. Dans cette région Sud, les objets- cibles sont les pointes de flèches, les céramiques et les fossiles. A ce trafic d'objets archéologiques, il faut ajouter les manuscrits des bibliothèques privées sahariennes ;

3 - une région Nord Ouest du pays , peu marquée par le trafic et le vol des objets archéologiques ;

4 - et enfin, une région Nord-Est , qui constitue le paradis des trafiquants des objets archéologiques. La densité remarquable des sites antiques de cette région et la quantité des travaux et publications s'y rapportant sont les deux explications essentielles de la création de ce trafic, faisant de cette région Nord- Est une plaque tournante du trafic et du vol des objets archéologiques et des objets d'art.

- Rappelez vous le vol des 50.000 pièces antiques en bronze du site archéologique de M'daourouch, à Souk Ahras, en 1994.

- Rappelez vous le masque de Gorgone (d'un poids de 400 kg ) volé du musée d'Hippone à Annaba, en 1996.

- Rappelez vous le vol des 9 têtes en marbre d'une même famille impériale, du musée communal de Skikda, en 1996. Nous venons tout juste de récupérer l'une de ces têtes, celle de Marcus Aurélius (Marc Aurèle) grâce à un travail de concertation et de coordination exemplaire avec les affaires étrangères et tous les corps de sécurité.

- Rappelez vous le vol des 9 neuf têtes en marbre représentant des divinités et des empereurs romains du musée de Guelma en 1996.

- Rappelez vous le vol du buste en marbre de l'empereur Hadrien du musée de Timgad durant l'année 2001.

Mesdames, Messieurs,

En avril 2008, sur instruction de Monsieur le Chef du Gouvernement, nous avons installé un groupe de travail multisectoriel constitué de représentants des ministères de la Culture , de la Défense nationale, de l'Intérieur et des Collectivités locales, de la Justice et des Finances ainsi que des représentants du Commandement de la Gendarmerie nationale, du Service national des Gardes côtes, de la Direction Générale de la Sûreté nationale et de la Direction Générale des Douanes algériennes. Ce groupe de travail a été chargé de mettre en place un dispositif dissuasif de protection et de sauvegarde du patrimoine culturel national.

Un document a été produit qui comporte trois volets :

- un premier volet diagnostic , mettant en évidence les actions menées par l'Etat en matière de protection et de sécurisation du patrimoine culturel depuis l'indépendance ;

- un second volet portant sur l'évaluation du dispositif juridique national en matière de protection du patrimoine culturel et les recommandations visant son renforcement ;

- un troisième volet portant sur les projections futures .

La Journée d’étude d’aujourd’hui sur le thème « patrimoine et sécurisation » est en soi un rendu synthétique de ce document d’analyse et de réflexion sur la sécurisation des biens culturels.

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie pour votre présence aujourd’hui, en ce jour du 18 avril 2009, journée internationale des monuments et sites, et journée d’ouverture du mois du patrimoine.

Ainsi, en votre nom, je déclare ouvert le mois du patrimoine culturel de l’année 2009 dédié au patrimoine culturel et à sa sécurisation.

Je vous remercie.

Khalida Toumi
Ministre de la Culture

Alger, le 18 avril 2009